Wecome in Jawaharlal Nehru University

Après un mois et demi d'expérimentation de l'Université, je crois qu'il est temps de vous faire part de mon quotidien. Pour ce faire, et pour que ça soit pas trop barbant, on va résumer ça sous forme de grand points.

  • Le campus : Immense, une jungle située au sud de Delhi. C'est bien simple de l'entrée de l'université jusqu'aux premiers batîments de cours il y a un kilomètre 200 et attention, je ne parle que des "premiers batîments de cours, je n'ai pas encore eu vraiment la motivation de l'explorer de fond en comble. Alors voila la recette du campus indien : une jungle, une louche d'hostels (residences U) par-ci par-là, saupoudré de petits "shopping complexe" (autrement dits trois magazins : un épicier, un libraire et une laundry), quelques grands immeubles de cours et le tout agrémenté d'un daba (petit bouiboui resto) ouvert 24/24, 7j/7. Ah oui et rajoutez aussi des rickshaw, des bus, des chiens errants. Et j'oubliais, nappez le tout d'affiches communistes et vous y serez pour de bon. Oui il est bon de préciser que JNU est une fac engagée, il y a tout un tas d’événements culturels, militants, d'AG traitant de droits des étudiants et plus encore.

  • L'inscription : une grande aventure ça aussi, qui m'aura pris... une semaine ! Il faut en effet remplir tout un tas de papiers qu'il faut faire signer et tamponner dans le bon ordre aux quatre coins de fac (qui est grande je vous le rapelle) pour ensuite re dispacher ces mêmes papiers.. Bref, un bordel à l'indienne. Et puis après, l'inscription administrative faite, il faut partir en quête d'information pédagogique -j'entends emplois du temps, listes de cours- ce qui n'est pas une chose facile. Je suis affectée au CSRD (Center for the Study of Regional Development) et manifestement je suis une des mieux lotie de ce point de vue là. Il faut ensuite tenter de comprendre le système universitaire anglo-saxon, M.A program, M.Phil program, PhD.
  • Le statut d'étudiant étranger : En fait il n'y en a pas. Ici on est considéré comme "casual student" ce qui pourrait ressembler au concept d'auditeur libre. Un casual student ne passe pas d'exam par exemple. Cependant, la différence avec les auditeurs libres est qu'on a besoin de notes pour valider notre échange universitaire. Manifestement ni l'administration ni les professeurs ne semblent savoir comment se comporter avec les étudiants étrangers : "doivent-ils passer des examens?". C'est là que tous les sons de cloches interviennent, l'administration Jnuienne refusant de nous produire des relevés de notes à la fin des semestres. C'est là qu'on dit alleluia aux gentils camarades qui ont étudier avant nous à JNU et qui nous donnent des tuyaux (Merci Tristan et Gaelle!). Je peux donc maintenant affirmer très officiellement que nous petits étudiants étrangers, n'avons pas de statuts réels et l'année s'annonce riche en.. bricolage. A nous de composer, négocier, parlementer, récupérér les notes et tenter d'avoir des certificats avec nos profs concernés.
  • Le système universitaire : Comme visiblement un flou artistique règne au dessus du statut des étudiants étrangers, nous avons droit de choisir tous les cours proposés par notre centre, dans la mesure où le professeur accepte de nous recevoir et de nous noter. J'ai donc choisis des cours de M.Phil (ce qui correspond à peu près à un niveau Master recherche) car les cours de M.A (niveau Master) étaient bien trop généraux et me plaisaient moins. Les cours de M.Phil proposés sont juste ouf, et super précis.
    [Petit aparté : M.Phil kezako : en gros ça dure deux ans, la première année les étudiants ont trois cours par semestre qu'ils choisissent en fonction de leur sujet de mémoire préalablement décidé, et la deuxième année est consacrée à la rédaction du mémoire]

  • Les cours : En M.Phil, on est peu en cours, entre 4 et 15 grand max, les étudiants sont super assidus, concentrés (pas un bavardage pendant le cours, la concentration est franchement dure à tenir). Les professeurs sont trés regardants si on lit bien la biblio qu'ils proposent, et surtout si on vient bien en cours. Ils sont super engagés dans les recherches de chacun de leurs étudiants, ce que je trouve super appréciable. C'est un juste milieu entre un coconage massif de prof genre "lycée", et un je m'enfoutisme total propose aux années de licence.

  • Mes cours : Allez, histoire de vous faire rêver (haha) voici mes cours :
    1/ Level of regional development in India
    2/ Social Factors in Indian regionalism
    3/ Regional Hydrology
    4/ Agriculture in regional development

    Les enseignements du CSRD (mon département) sont essentiellement basé sur une approche régionale qui m'intéresse particulièrement. Les cours traitent de l'Inde, de l'Inde et encore de l'Inde. Il y a peu d'heures de cours mais beaucoup de boulot personnel.
    Ici les étudiants de M.Phil sont considérés comme de véritables apprentis chercheurs, les professeurs sont à l'écoute, disponible et aiguillent les étudiants dans leurs recherches. Les modes d'évaluations sont donc dans chaque matière un "review essay" (en gros on choisis un sujet, on cherche des documents et on synthétise, confronte, critique) un "term paper" (sorte de mini mémoire que l'on fait sur le sujet de notre choix aussi) et un "end semester exam".

    --> En gros : ça fait du boulot ! Le niveau est super elevé, les sujets traités sont pointus, techniques, et je suis parfois (souvent) un peu larguée car mon background universitaire (notamment sur la situation en Inde est bien maigre, mais ça me stimule, je lis plus, je discute avec les professeurs. Ajoutons au level que je trouve élevé, la question de la langue. L'anglais indien n'est pas forcément super easy au début, surtout avec le bruit sourd des ventilos dans les salles de cours. En gros, on évite de faire le cacou et de se mettre au fond de la classe près du radiateur.

    En tout cas, moi ça me plait cette organisation, je sens enfin que je peux étudier ce qui m'intéresse et que des profs sont derrière moi, et me soutiennent. J'ai globalement 2 à 3h de cours par jour (entre 10h et 13h) ce qui me laisse mes après midi pour bosser ou faire autre chose.

  • La bibliothèque : ça aussi c'est une aventure de tous les jours. Au milieu du campus se dresse un immense bâtiment : la library de JNU, et ça c'est quelque chose. La plupart des bouquins sont vieux, abîmés, on ne voit plus leurs couvertures (pratique pour chercher) et surtout l'organisation et le rangement des livres est chaotique (ou du mois je n'ai pas encore saisi l’intérêt de ce mode d'organisation). Tout est mélangé, les livres sont introuvables, moi qui suis pas franchement friande de bibliothèque, faut vraiment que je me fasse violence pour entrer dans celle là. Le bon point c'est le nombre d'employés qui sont là pour aider à chercher et les petits bouiboui photocopy shop (Oui car le statut de casual student nous interdit d'emprunter des livres). Alors on photocopie, car c'est un peu la coutume locale!
Voila donc en quelques points une (bonne) partie de mon quotidien.. Bientôt les photos, et bientôt la maison, le quartier, le marché...

Ps: Bon en fait, même sous forme de points c'est barbant. Désolé (:

Sédentaire

Comme beaucoup sont déjà au courant, je viens (enfin!) de trouver un appartement. Nous sommes donc trois charmants occupants : Mathieu, Meghna (l'amie d'Olivier chez qui j'ai longtemps squatté) et moi. On est encore dans le speed du déménagement, même si Super Mathieu a déjà réglé le problème d'internet. Je prendrai plus de temps plus tard pour décrire un peu la recherche d'appart, la maison et les occupants, mais d'ores et déjà :

Pour saucisson, fromage, (cordon bleu?), et autres petites nouvelles manuscrites, c'est au

C-14-G Munirka DDA Flat
New Delhi-110067

Merci (:

Rishikesh

Vendredi 12 aôut.

Ah oui mais lundi c'est le 15 ? Le jour de l'indépendance ? Donc on a un weekend de trois jours ?! Et ben tchalo ! Bye Delhi, A nous la montagne, l'air frais...
Il est vrai que le besoin de sortir de Delhi se faisait de plus en plus pressant, c'est ainsi que nous (Mathieu, Flo (son pote de la Chellero venu voyager en Inde au mois d'aôut) Albin, Manu et Thibaut des camarades de Lyon III, étudiants à Delhi eux aussi) nous sommes retrouvés ce vendredi 12 aôut en fin d'après midi à la Kashmere Gate de Delhi (célèbre gare de bus du Nord de la ville). En bon week end prolongé, la gare était tout simplement bondée. Des bus partout, remplis à rabord, des guichets autour desquels grouillaient des milions de gens, des vendeurs ambulants. On se fait trimballer de guichets en guichets, pour finalement nous envoyer à "Anand Vihar" une autre gare de bus encore plus au Nord. C'est partit pour une heure de local bus pour atteindre la gare. Le bus est plein, on est debout, sérré comme des sardines, mais finalement vaut peut être mieux qu'on s'habitue. Et la à Anand Vihar, même chanson, on se fait trimballer à droit à gauche. On finit par trouver (je crois) un bus pour Rishikesh, mais celui ci est plein, plein et le T.T refuse de nous laisser monter dedans. Anyway, il est 23h, on commence à être épuisé mais de plus en plus déterminés de quitter Delhi. Une solution s'impose à nous, si on se renseignait pour louer un taxi, Rishikesh c'est pas si loin, et à 6 ça devrait pas être très cher. Après de rudes négociations, l'aide précieuse de Saif Khan, indien rencontré au hasard de la bus station, et deux longues heures d'attentes, un taxi arrive... RISHIKESH Here we come !

C'est au petit matin qu'on atteint la jolie ville sainte au bord du Gange.. On est affamé, fatigué, transpirant, mais heureux d'être là, au frais, au vert. Les trois jours qui suivirent furent rythmés de cascades, ballades dans les montagnes, singes arrogants, pluie, chill out au Ganga Beach Restaurant (hmm les bonnes rosemary roasted potatoes...), massages, location de scooter par temps de mousson, jeux d'echec, coinche (oui oui un peu), temple, tchaï time, et puis mission wine shop pour fêter le quart de siècle de Mathieu comme il se doit..

Nous sommes déjà lundi soir, il est temps de rentrer à Delhi.. Une nuit de bus (humide) et nous revoici à la case départ, Kashmere gate metro station. Il est 6h du mat' et on enchaîne sur une journée de cours. On est humide, fatigué, sale mais heureux d'avoir pu échapper, le temps de quelques jours à Crazy Delhi.

photos : Manu

Indian time 2.0

Sans transition, me voici un an après mes tribulations à Jodhpur, de retour au pays des vaches sacrées. C'est dans le cadre d'un échange universitaire que je me retrouve à la Jawaharlal Nehru University de (crazy) Delhi.

Ainsi, Thibaiaupaysdesindiens reprend du service pour relater des fabuleuses (ou pas) aventures d'une gori* à Delhi.

A suivre.

gori : adjectif hindi signifiant le pâle (de peau)

Quotidien

L'Inde au quotidien c'est une expèrience nouvelle pour moi (Oh la je vous entends criez "ca va tu as été moult fois en Inde, c'est une affaire qui roule maintenant !") Oui mais pas si automatiquement que ça. Voyager en Inde c'est une chose, y "vivre" s'en est une autre..

Bien que je ne sois à Jodhpur que pour mes deux mois de stage, et donc que je loge en guest house et non dans un appart , j'ai tout de même un semblant d'impression de vivre ici. Je me surprend à bien supporter, voir même très bien supporter la vie ici (ce qui me rassure au vu de mes futurs projets).

Ainsi j'ai pu me frotter aux problèmes administratifs indiens et c'est vrai que ce n'est pas évident à gérer. L'inde est une montagne à bouger... Tout va tellement lentement. Ca a tendance à être assez exaspérant, mais c'est aussi une question d'habitude.

Le temps me manque pour profiter pleinement de l'Inde c'est sur.. Mais je pensais que la fatigue l'emporterait plus que ça sur mes activités extrastage.
Si je compte bien, je passe plus de 60heures par semaine à l'office. Tout cela n'est qu'une question de rythme, il m'a fallut quelques semaines pour m'adapter, mais maintenant c'est avec plaisir que j'effectue mon trajet quotidien en sortant du travail. Je dois d'abord prendre la jeep qui me ramène "à la ville" puis il faut que je prenne un city bus, souvent blindé qui ne roule pas franchement vite. Après cela, il me reste une petite ballade 20 minutes dans le bazar en début de soirée pour rentrer à la guest (les voyageurs qui ont été en Inde sauront que se "balader" dans un bazar indien ne rime pas avec rentrer chez soi à pied en longeant les quais du Rhône à Lyon ! C'est bien plus éprouvant que cela) mais j'aime ça. Les gens causent avec moi, et ont finit par s'habituer à ma présence. Je fais mes petites courses dans le bazar, un livre ici, un bout de tissu là, des gulab jamun ou autre pâtisseries ici. Après je retrouve les copains du quartier au juice shop, on papote de tout de rien de la pluie, du beau temps. Quelque part les gens ne font plus attention à moi, et c'est assez plaisant de se dire qu'on passe un peu inaperçu. Je fais mon petit bonhomme de chemin. Je me sens bien.


Rain is coming

"Rain is coming" hurle un gamin.

Nous sommes à Godawas un village a une 60aines de kilomètres de Jodhpur. En dix minutes le ciel se couvre, devient d'un noir terrifiant et puis je sens la première goutte, la deuxième. L'averse arrive. Tous les gamins sont maintenant dehors criant jouant sous la pluie. Les plus agés sont aussi sortis pour profiter de cette pluie donneuse de vie. Le désert a maintenant changé. La végétation est d'un vert plus éclatant. L'aridité si hostile se fait plus douce et l'espace d'un instant tout le monde est heureux.


Alors nous aussi on se jette sous la pluie pour fêter comme il se doit cette ressource si rare. Et puis sourire aux lèvres on pense aux talabs et tankas (réservoirs traditionnels de récupération d'eau) qui vont se remplir et qui vont adoucir la vie à des centaines voir milliers de villageois.

A jodhpur il pleut aussi mais au vu de la pollution et la circulation on a nettement moins envie de se jeter sous la pluie. Les rues sont inondés. Les liaisons internet téléphoniques galèrent, l'électricité subit de nombreuses coupures. C'est comme ca en Inde, quand il pleut rien ne marche !

Désert et condition féminine

Besoin d'écrire sur ces êtres qui habitent, donnent vie et hantent ce désert. Leur condition en tant que femme est loin d'être évidente et elles sont encore bien peu libres de leur droits. Cela ne veut pas dire qu'elles sont battues ou maltraitées, mais le carcan de la société indienne et des traditions rajasthanies (surtout) les enferment dans une certaine soumission et fatalité que seuls des décennies pourront changer. Alors oui, ça évolue, les mentalités changent, oui mais doucement. Il est vrai que mon travail actuel me permet de constater que beaucoup de femmes se prennent en main et sont à la tête des projets notamment en matière d'approvisionnement en eau (soit dit en passant ce sont elles qui s'occupent de la gestion de l'eau donc ce sont les premières concernées) ou de sanitation. Cependant impossible de généraliser cette situation à l'ensemble des femmes du désert et même si on peut y voir un certain optimisme pour le futur, ce serait je pense, un peu tôt d'affirmer que l'émancipation de la femme rurale en Inde est bien activée.


Comme
sur cette photo, la majorité des femmes du désert portent ces énormes bracelets blancs de l'épaule au coude, ainsi que d'énorme et lourds bracelets d'argents au cheville. Ajoutons à cela que la tradition voudrait qu'elles portent également un bijou en argent lourd sur la tête tombant joliment sur le front et un collier de ventre (aujourd'hui de moins en moins de femmes portent ces derniers bijoux). A première vue toutes ces parures sont magnifiques. Mais de plus prés, leurs corps sont marqués par la présence de ces bijoux qui sont douloureux. Lourds, chauds, pesants, pinçants.. Les marques indélébiles laissées par ces parures sur la peau des femmes sont la preuve de la douleur qu'ils provoquent. Ok, à la rigueur passons, traditions au prix de douleurs. Mais, c'est lorsque l'on se penche sur l'origine -d'un point de vue traditionnel- de ces ornements qu'il y a de quoi bondir.

Il semblerait que ces ornements aient été crées pour pouvoir maitriser les pensées et envies des femmes. Je m'explique, les différents bijoux monopolisent le cerveau et la pensée des femmes sur les douleurs qu'ils procurent, ainsi il est difficile de penser à autre chose qu'à ce mal (il semblerait d'ailleurs que le haut du bras, la tête, les chevilles et le ventre soient des points stratégiques d'un point de vue morphologique pour que la pensée se bloque sur ces parties du corps). Mais comme il s'agit de bijoux, ce n'est d'apparence pas déplaisant pour les femmes de les porter, au contraire.

C'est une question à explorer et développer et je efforcerai de rajouter des éléments et des précisions dés que j'en aurais. En tout cas, on peut d'ores et déjà se dire, comment une société a pu en arriver à vouloir maitriser les pensées féminines ? Comment cette idée a t-elle germée dans l'esprit des Hommes ? Et comment peut on expliquer qu'au 21ème siècle, les femmes soient encore victimes de visions archaïques comme celle ci ?

Ici je tiens à préciser un point, je ne dis pas que les femmes sont maltraitées, aliénées etc il faut comprendre que ces ornements sont entrés dans la tradition mais ca ne veut pas dire que la femme est forcément à la merci de son mari, de ses frères ou son père sur tous les points.

Paradoxalement, et c'est là que l'on peut admettre que l'Inde est un pays de contradictions, ou contrastes (as u wish!) les femmes semblent imposer un respect dans certaines situations. Par exemple dans le bus on leur laisse une place assise. J'ai encore beaucoup de mal à y voir clair dans cette situation.
Alors j'étofferai cette article quand j'en saurai plus. Affaire à suivre.